Macky Sall, après un marathon de plusieurs mois dans la course au poste de Secrétaire général des Nations unies, rythmée par les votes du Conseil de sécurité, se rend finalement à l’évidence, et jette l’éponge. Le soutien agissant mais tardif de Bassirou Diomaye Faye n’y fera rien, l’affaire est mal barrée depuis longtemps : il y aurait des avis défavorables de deux membres permanents du Conseil de sécurité, qui équivalent à des vétos… Autant limiter la casse dès à présent ?
La Costaricienne Rebecca Grynspan, patronne de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), continue de caracoler en tête des six candidatures restantes, et le second candidat africain est toujours en lice, l’Ougandais Olara Otunnu, ancien Secrétaire général adjoint de l’Onu, dont l’irruption dans la course a sans doute plombé les chances du Sénégalais.
Macky Sall n’a pas tout perdu dans l’affaire : parti du Sénégal sur la pointe des pieds le jour même de l’investiture de son successeur, très vite, il essuie les tirs du pouvoir qui l’accuse des treize péchés d’Israël dont des comptes falsifiés, une dette cachée et pas moins de quatre-vingts morts, victimes de sa sanglante répression…
Lorsque surviennent les Législatives anticipées de novembre 2024, l’ambiance est tellement délétère avec les arrestations dans les rangs de ses proches, tous accusés de malversations, que Macky Sall, tête de liste d’une coalition de l’opposition, préfère prudemment battre campagne via WhatsApp. Lorsqu’il croise dans l’avion une militante de Pastef qui l’abreuve d’injures, avant de se faire arrêter, la Chancellerie dépêche des avocats pour plaider la cause de l’insolente, dont Marième Faye Sall, adepte du taï-chi, faillit sceller le sort d’un coup de pied circulaire…
Lorsque sa candidature à l’Onu est annoncée, présentée par le Burundi, son ancienne pasionaria, Mimi Touré, qui transhume chez Bassirou Diomaye Faye entretemps, et se retrouve Envoyée spéciale à la Présidence, s’en indigne publiquement. La truculente ministre des Affaires étrangères d’alors, Yassine Fall, qui s’autoproclame «Grosse Pointure» et excipe d’un long parcours dans le système des Nations unies, est péremptoire : la candidature de l’ancien Président sénégalais n’a aucune chance d’être admise parce qu’il n’en est pas digne.
Chez les détracteurs de Macky Sall, il s’en trouve même qui exigent qu’il soit poursuivi, excusez du peu, pour haute trahison.
La candidature acceptée par l’Onu déclenchera une campagne surréaliste chez les Sénégalais : à ma droite, ses partisans qui multiplient les déclarations de soutien sur les réseaux sociaux et même jusque devant le siège des Nations unies et, à ma gauche, ses détracteurs qui iront jusqu’à organiser des manifestations hostiles sous les fenêtres du jury de cette palpitante élection.
La bataille rangée des deux camps, on en parle ? Le sans-gêne sénégalais n’a pas de frontière…
Arrive le limogeage sec de Ousmane Sonko qui décide de squatter d’autorité le Perchoir, et tout bascule : Bassirou Diomaye Faye adopte un ton moins martial vis-à-vis de son prédécesseur. Ça peine à reconnaître celui qui, quelques mois auparavant, reste injoignable lorsque ses homologues africains, lors du sommet de l’Ua, veulent recueillir son avis, ou même son soutien à propos de la candidature à controverses ; le même qui révèle dans un entretien avec des journalistes, avoir des infos sur les agissements malveillants en sous-main de Macky Sall.
Et donc, ô surprise, en juillet, ne voilà-t-il pas que la nouvelle tombe comme un coup de tonnerre… Bassirou Diomaye Faye fera mieux que répondre à un courrier de demande de soutien à sa candidature égaré dans les couloirs du Palais : il reçoit en audience Macky Sall.
C’est sans doute là que la naïveté du parrain de Kiiraay s’exprime joliment : les foules qui accompagnent Macky Sall de l’aéroport au Palais n’ont rien à voir avec une candidature aux Nations unies… Bassirou Diomaye Faye, en recevant Macky Sall, le banni, le réhabilite en l’absolvant de toutes ses prétendues fautes.
En un mot comme en cent, le président de la République, qui doit rêver de second mandat, se crée tout seul un redoutable adversaire dans la course à la Présidence de 2029.
Grand bien lui fasse…
Ousmane Sonko, le président par effraction de l’Assemblée nationale, entouré de sa garde prétorienne, en précisant qu’il s’adresse aux vrais Sénégalais, comprenez, les ignares, les crétins et les mal mouchés, menace le gouvernement de bloquer la Loi de finances rectificative.
Retenez-moi avant que je ne fasse un malheur ?
Plus drôle encore, les treize centrales syndicales qui décrètent soixante-douze heures d’arrêt de travail dans le pays-roi des absentéistes, retardataires et glandeurs professionnels.
Ce n’est pas une grève mais juste un changement d’appellation…
Par Ibou FALL
Commentaires (0)
Soyez le premier à réagir.
Se connecter pour commenter