Le drame survenu ce mardi 27 octobre au quartier Sud Stade de Thiès relance le débat sur le respect des normes de construction. Alors que le bilan provisoire fait état d’un décès et de deux blessés, le ministère de l’Urbanisme révèle que le bâtiment s’était affranchi de son autorisation initiale limitée au niveau R+3 pour ériger deux étages illégaux, malgré un ordre d’arrêt des travaux.
Par Cheikh CAMARA. – La Cité du Rail est sous le choc après le drame survenu au quartier Sud Stade, à proximité de l’enseigne La Brioche Dorée. Ce mardi 27 octobre 2026, un immeuble en cours de construction s’est soudainement effondré, jetant l’émoi au sein de la population locale et remettant au premier plan la question poignante de la sécurité des édifices en chantier à travers le pays.
Un bilan humain lourd et des recherches sous tension
Aussitôt l’alerte donnée, les services de secours et les sapeurs-pompiers se sont déployés sur les lieux pour tenter d’extraire d’éventuelles victimes prises au piège sous des tonnes de béton et d’acier. Le premier bilan officiel communiqué par les autorités administratives fait état de trois personnes ensevelies sous les décombres. Grâce à la rapidité des opérations de sauvetage, deux d’entre elles ont pu être secourues vivantes et évacuées d’urgence vers une structure sanitaire régionale pour y recevoir des soins appropriés.
Malheureusement, la troisième personne n’a pas eu cette chance : son corps sans vie a été extrait des ruines.
Deux étages de trop : l’infraction manifeste épinglée
Au-delà de la douleur, l’heure est au constat des responsabilités administratives et techniques. Dans un communiqué officiel rendu public peu après l’accident, le ministère de l’Urbanisme, des collectivités territoriales et de l’aménagement des territoires, dirigé par Bala Moussa Fofana, a apporté des éclairages précis sur le statut juridique de cette construction.
Il ressort de l’examen approfondi du dossier administratif que le promoteur ne disposait que d’une autorisation de surélévation strictement limitée à un niveau R+3 (Rez-de-chaussée plus trois étages). Or, sur le terrain, le chantier avait largement outrepassé le cadre légal. Lors d’un contrôle d’inspection effectué le 9 juin 2026, la Division régionale de l’urbanisme de Thiès avait constaté de visu que les travaux s’étaient poursuivis jusqu’au niveau R+5. Deux étages supplémentaires avaient ainsi été construits dans l’illégalité la plus totale, sans aucune validation technique ni administrative. A la suite de cette infraction avérée, un ordre d’arrêt immédiat des travaux avait été formellement matérialisé sur la structure du bâtiment.
Expertise technique et établissement des responsabilités
Si l’outrepassement des autorisations d’urbanisme apparaît déjà comme une donnée centrale, le ministère précise toutefois que les causes mécaniques exactes de l’effondrement restent à établir de manière scientifique. Une expertise technique approfondie sera très prochainement diligentée. Elle portera notamment sur l’analyse de la structure globale de l’ouvrage, la capacité portante des fondations initiales et des éléments porteurs face au surpoids engendré par les niveaux ajoutés, la qualité des matériaux de construction utilisés ainsi que les conditions d’exécution du chantier.
En étroite collaboration avec l’autorité administrative territoriale, la collectivité locale et les services techniques compétents, le ministère s’est engagé à sécuriser immédiatement le périmètre du sinistre pour éviter tout sur-accident. Les autorités entendent conduire l’ensemble des vérifications nécessaires afin que toutes les responsabilités, u’elles soient civiles ou pénales, soient établies par les instances habilitées.
Vers un durcissement des contrôles sur les chantiers
Pour prévenir de futurs drames similaires, la tutelle promet un renforcement drastique des inspections sur les chantiers en cours d’exécution, ainsi que sur les édifices existants présentant des signes visibles de dégradation ou d’instabilité structurelle.
Le ministère tient à rappeler avec fermeté à l’ensemble des acteurs du cadre bâti que toute construction doit être rigoureusement exécutée conformément aux autorisations délivrées, aux plans dument approuvés et aux normes techniques en vigueur. Tout projet de surélévation ou d’ajout de niveaux demeure strictement subordonné à une autorisation préalable, délivrée uniquement après vérification de la résistance mécanique du bâtiment hôte.
Les maîtres d’ouvrage, promoteurs immobiliers, architectes, bureaux d’études et entreprises du Btp sont formellement sommés de se conformer à ces prescriptions légales, sous peine de s’exposer aux sanctions sévères prévues par la réglementation sénégalaise. Enfin, le ministère lance un appel pressant aux populations, les invitant à faire preuve de vigilance citoyenne en signalant systématiquement aux services de l’Urbanisme ou aux autorités locales tout chantier suspect ou bâtiment présentant des risques pour la sécurité publique.
cheikh.camara@lequotidien.sn
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