Estimant que le projet de Code minier 2026 vise à «anéantir» les Pme sénégalaises du secteur des carrières et des petites mines, les acteurs nationaux appellent l’Etat à revoir sa copie. Entre paralysie des activités depuis 2024, insécurité juridique et pression fiscale, ils demandent que la délivrance des autorisations d’exploitation soit exclusivement réservée aux entreprises 100% sénégalaises.

Par Cheikh CAMARA – C’est un véritable cri d’alarme qu’ont lancé le Regroupement des entreprises semi-mécanisées du Sénégal et la Chambre des carrières du Sénégal. Face à la presse, ces professionnels ont tenu à alerter l’opinion publique et les plus hautes autorités de l’Etat sur ce qu’ils qualifient de «situation extrêmement préoccupante» à la suite de l’atelier de partage et de consolidation du projet de nouveau Code minier, tenu les 24 et 25 septembre 2026.

Selon ces promoteurs nationaux, le texte en gestation contient «un ensemble d’articles et de dispositions visant à anéantir les Petites et moyennes entreprises (Pme) sénégalaises» évoluant dans la petite mine et l’exploitation semi-mécanisée. Pourtant, rappellent-ils, ce secteur constitue un pôle stratégique de l’économie nationale grâce à sa contribution directe au Btp, au développement urbain, à la création d’emplois et aux recettes publiques.

Sur le terrain, la réalité est déjà sombre pour le privé national. «Depuis le décret de 2024 interdisant l’exploitation minière sur un rayon de 500 mètres, plusieurs entreprises sénégalaises sont à l’arrêt, sans aucun accompagnement ni dédommagement de l’Etat», déplorent-ils. Ils révèlent en outre que depuis deux ans et demi, l’ensemble des demandes de renouvellement, de modification de coordonnées ou de nouvelles autorisations sont restées sans suite dans les tiroirs de l’Administration.

A cette paralysie, s’ajoutent des contraintes structurelles majeures : insécurité juridique liée au caractère précaire et non cessible des titres, lourdeurs administratives, fiscalité disproportionnée, accès restreint aux gisements et concurrence déloyale de l’exploitation clandestine.

La crainte d’une éviction au profit des multinationales

Pour les acteurs locaux, la logique sous-jacente au projet de Code minier 2026 s’apparente à une stratégie d’étouffement : «Réduire notre périmètre, augmenter les taxes, limiter les autorisations et refuser tout accès aux financements ou partenariats. Dès qu’un gisement important est découvert par un Sénégalais, le titre lui est retiré au profit d’une multinationale.» Ils rappellent pourtant que toute réforme d’envergure devrait poursuivre un double objectif : consolider la souveraineté économique du pays sur ses ressources naturelles et bâtir un cadre incitatif permettant aux entreprises locales de grandir et d’investir.

Rappelant avoir déjà transmis plusieurs mémorandums au ministère de tutelle et exposé leurs griefs lors de diverses audiences, les acteurs nationaux demandent l’intervention et l’arbitrage urgents du président de la République et du Premier ministre pour suspendre le processus d’adoption de la réforme le temps de mener une large concertation nationale. Dans leur dernier mémorandum, ils formulent une exigence centrale : réserver l’octroi des autorisations d’exploitation des carrières et des mines semi-mécanisées aux entreprises de droit sénégalais détenues à 100% par des nationaux. Ils concluent par un appel solennel aux citoyens épris de justice pour défendre la souveraineté économique du pays et éviter que le patrimoine minier national ne soit définitivement bradé aux firmes étrangères.

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