Depuis quelque temps, les débats sur la transparence de la gestion publique occupent une place importante dans notre vie nationale. Cette exigence est légitime : dans une République, les citoyens ont le droit de savoir comment sont gérées les ressources qui appartiennent à la collectivité.

A ce titre, il serait peut-être temps d’ouvrir au Sénégal un débat sur une réforme inspirée, dans son principe, du modèle suédois.

La Suède applique, depuis des siècles, un principe particulièrement fort : les citoyens doivent pouvoir accéder aux informations relatives à l’action de leurs institutions publiques. Sans nécessairement copier intégralement ce système, nous pourrions nous en inspirer et l’adapter à nos réalités.

Une proposition simple : rendre publiques les informations financières des responsables nommés et élus

Je propose que le Sénégal mette en place un dispositif de transparence renforcée concernant exclusivement :

les élus de la République ;

les personnes nommées par décret présidentiel ;

les personnes nommées par arrêté ministériel à des fonctions de responsabilité publi­que.

Pour ces catégories, les citoyens devraient pouvoir consulter, dans un registre public facilement acces­sible, les rémunérations, in­dem­nités, avantages liés à la fonction et déclarations de patrimoine et d’intérêts, selon des modalités définies par la loi.

L’objectif ne serait pas de livrer la vie privée de chaque citoyen à la curiosité publique. Il s’agirait de cibler les personnes qui exercent directement une responsabilité politique ou administrative au nom de l’Etat et qui disposent, à ce titre, d’un pouvoir de décision sur les ressources publiques.

Pourquoi cette réforme ?

Parce que la confiance ne se décrète pas.

Elle se construit par la transparence, la responsabilité et la possibilité pour chaque citoyen de contrôler l’action de ceux qui gouvernent en son nom.

Un responsable public qui sait que sa situation financière et ses intérêts peuvent être examinés dans le respect de la loi est davantage incité à éviter les conflits d’intérêts et à exercer sa fonction avec intégrité.

Cette transparence pourrait également contribuer à répondre à une question simple que beaucoup de Sénégalais se posent : comment évolue la situation patrimoniale de ceux qui accèdent aux responsabilités publiques ?

Une transparence qui doit être encadrée

Il ne s’agit évidemment pas de transformer la République en espace de surveillance permanente des individus.

Les informations véritablement privées, adresses personnelles, coordonnées bancaires, informations concernant les enfants ou autres données sensibles, devraient rester protégées.

La transparence doit porter sur ce qui permet de contrôler l’exercice de la responsabilité publique, et non sur la vie privée des personnes.

Faisons de la transparence une règle, pas une promesse

Le Sénégal dispose déjà de textes et d’institutions consacrés à la bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption. La question qui se pose aujourd’hui est celle de leur renforcement et surtout de leur effectivité.

Pourquoi ne pas aller plus loin en créant un registre public numérique des responsables publics, régulièrement actualisé, permettant à tout citoyen de connaître les rémunérations publiques, les fonctions exercées, les intérêts déclarés et les éléments patrimoniaux qui doivent légalement être rendus publics ?

Une telle réforme ne serait dirigée contre aucun parti, aucun gouvernement et aucune personne.

Elle serait dirigée pour le citoyen et pour la République.

Car la transparence ne doit pas être une arme politique utilisée contre ses adversaires. Elle doit être une règle commune, applicable à tous, majorité comme opposition, aujourd’hui comme demain.

Le Sénégal mérite une République où l’on ne demande pas au citoyen de faire confiance aveuglément à ceux qui exercent le pouvoir, mais où l’on donne au citoyen les moyens de vérifier.

Inspirons-nous des meilleures pratiques internationales, notamment de l’expérience suédoise, tout en construisant un modèle sénégalais adapté à notre Constitution, à nos institutions et à notre société.

La transparence n’est pas une menace pour ceux qui servent honnêtement l’Etat. Elle est, au contraire, l’une des meilleures protections de leur intégrité et de la confiance du Peuple.

Le débat est ouvert.

A nous, Sénégalaises et Sénégalais, de décider si nous voulons franchir cette nouvelle étape vers une République plus transparente, plus responsable et plus digne de la confiance de ses citoyens.

GUEYE Malick

Précédemment Attaché

consulaire

Premier secrétaire au Consulat général du Sénégal à Marseille