Tiens, y a Alhaminou Lô qui sort de sa torpeur et se prend enfin pour le Premier ministre sénégalais : après son aveu d’impuissance financière devant la Représentation nationale, lors de sa Déclaration de politique générale, le brave monsieur se met à surfer sur les eaux pluviales en annonçant la mobilisation de plus de neuf cents milliards de nos misérables francs Cfa. Ça tombe bien, les créanciers du Sénégal, après mûres réflexions, décident de s’organiser pour voir comment, euh, planifier le remboursement de cette satanée dette qui daigne enfin sortir de sa cachette.

«Restructurer» est banni de notre vocabulaire…

Pour l’heure, comme à l’accoutumée durant les hivernages pluvieux, Dakar nage dans une saleté crasse, avec ses routes défoncées, ses torrents de boue et de pierrailles, et des cités entières qui se noient sous les eaux. En ces temps de crise où le moral des ménages patauge dans les bas-fonds du pessimisme, il n’y a que la faune des mécaniciens à croire que notre pays est béni des cieux.

C’est cependant si rassurant, à quelques semaines des Joj, en dépit des chantiers inachevés, de voir quel indéfectible optimisme affiche Madame la ministre des Sports.

Tout va bien, Madame la Marquise ?

Bassirou Diomaye Faye, le rescapé du patriotisme populiste, qui déploie son parapluie Kiiraay en prévision des intempéries politiques des prochaines années, doit certainement se demander comment il a pu frayer deux décennies avec Ousmane Sonko et Pastef… De semaine en semaine, dans les rangs de ses anciens compagnons d’infortune, ça manifeste de l’inculture, de la mauvaise éducation et une désinvolture inqualifiable devant les institutions de la République.

Et ça se dit patriote…

La purge diomayenne se poursuit donc dans l’Administration, et les dernières poches de résistance sonkophiles tombent les unes après les autres : Pape Alé Niang, manifestement, va bientôt arborer la carte de militant de Kiiraay qui semble le parapluie adéquat pour rester au sec à la Rts jusqu’en 2029. Dame Mbodj, qui se fait tout petit malgré quelques apparitions dans les rangs de Pastef lors de la tournée du gourou national, survit, semaine après semaine, aux vagues de décrets assassins du Président Bassirou Diomaye Faye.

Le Président aurait-il des trous de mémoire ?

Fadilou Keïta, le Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations en disgrâce, resté caché quelques jours comme la fameuse dette de Sa Sainteté Sonko de Sweet Beauté, réapparait pour enfin procéder à une marathonienne passation de service. L’esprit chagrin que je suis ne peut s’empêcher de croire qu’il a, comme un authentique Sénégalais avant toute grande cabriole dans le futur imparfait, ces derniers temps, procédé à grande eau à de salvatrices ablutions, interrogé les mânes célestes via un bonimenteur et confié son sort immédiat à la retraite spirituelle d’un soufi faiseur de miracles.

On est un vrai Nègre ou on n’en est pas un ?

Justement, à propos de négritude, demain, vendredi 9 octobre 2026, Léopold Sédar Senghor, un de ses penseurs, aurait eu cent-vingt ans officiellement. Même si, pour la p’tite histoire, le fils de Gnilane Bakhoum serait né le 15 août 1906 à Djilor, l’Histoire, la grande, préfère retenir la version de sa naissance à Joal, le jour où elle est enregistrée chez les Pères.

Cette année 2026 marque également le soixantenaire du Festival mondial des arts nègres de 1966, durant lequel, «pour la première fois, un chef d’Etat prend en ses mains périssables le destin spirituel d’un continent», selon les mots du ministre de la Culture français d’alors, André Malraux.

Le premier président de la République du Sénégal, qui a fini à l’Académie française, s’est éteint le 20 décembre 2001 à Verson : en décembre prochain, cela fera vingt-cinq ans tout ronds qu’il aura quitté cette vallée de larmes, de misères et de médiocrité, après avoir traversé son époque, drapé de savoir-vivre, de culture et de classe, portant avec quel panache le flambeau du Sénégal partout dans le monde en lui faisant honneur pour l’éternité…

Dieu merci, le Poète-Président est sauvé du zoo et n’assiste pas au cirque des clowns sans talent qu’est devenue cette République qu’il place au-dessus de tout durant son magistère, deux décennies durant : «le Peuple sans couture» se déchire sur les réseaux sociaux, ça entre à l’Assemblée nationale et s’installe au Perchoir comme dans un moulin, et son successeur est moins respecté par ses compatriotes qu’un khalife de confrérie.

Que l’âme du chantre du métissage repose en paix, aux côtés de sa Négresse blonde, Colette Hubert, et de son métis, Philippe Maguilène dont le nom est cité cette semaine dans la rubrique des catastrophes : le dispensaire de la route de l’aéroport, qui porte son nom, se noie…

Comme Moïse, il faut le sauver des eaux…