Le Parti de l’indépendance et du travail est en deuil. Avec la disparition, ce mercredi 22 juillet 2026, du professeur Maguèye Kassé, le Sénégal perd bien davantage qu’un universitaire de renom. Il perd une conscience critique, un intellectuel engagé, un militant de Gauche demeuré fidèle à ses convictions, un passeur de savoir et un homme qui n’a jamais séparé la pensée de l’action.
Il existe des hommes dont le parcours épouse les combats de leur époque. Maguèye Kassé appartenait à cette catégorie rare. Professeur de rang exceptionnel à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, membre de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal, germaniste reconnu sur le plan international, spécialiste des études interculturelles, des relations entre l’Afrique et l’Allemagne, ainsi que de l’œuvre de Sembène Ousmane, il aura consacré sa vie à bâtir des ponts entre les cultures tout en défendant inlassablement la dignité des peuples africains.
Mais réduire Maguèye Kassé à son immense carrière universitaire serait une profonde injustice. Derrière le professeur respecté se trouvait un militant profondément attaché aux idéaux de justice sociale, d’égalité et d’émancipation. Son engagement au sein du Parti de l’indépendance et du travail n’était pas un simple choix partisan. Il procédait d’une conviction philosophique selon laquelle la connaissance n’a de sens que lorsqu’elle contribue à transformer la société.
Cette fidélité à la Gauche sénégalaise n’a jamais varié. Elle traversa les décennies sans jamais céder aux modes politiques ni aux opportunismes. Pour lui, l’engagement intellectuel imposait une responsabilité morale. Il croyait que le savoir devait éclairer les consciences et nourrir les luttes contre les injustices.
L’une des figures auxquelles il consacra le plus de travaux fut Sembène Ousmane. En analysant son œuvre, Maguèye Kassé rappelait une idée essentielle qui résume également sa propre vision du monde. Selon lui, «on fait une analyse très incomplète de l’œuvre de Sembène Ousmane lorsqu’on veut lui enlever ce qui fait sa substance, notamment une position marxiste affirmée». Il ajoutait encore que chez Sembène, «on voit en filigrane son engagement communiste et ce qu’il a appris du marxisme avec une analyse concrète de situations concrètes».
Ces mots ne relevaient pas seulement de la critique littéraire. Ils traduisaient une manière d’habiter le monde. Maguèye Kassé refusait les lectures superficielles de l’histoire, comme il refusait les analyses qui évacuent les rapports de domination, les inégalités sociales et les responsabilités politiques.
Son œuvre universitaire témoigne également d’une curiosité intellectuelle exceptionnelle. De l’histoire des Africains dans l’Allemagne nazie aux études interculturelles germaniques, de la critique cinématographique à la diplomatie culturelle, il aura exploré des champs de recherche d’une remarquable diversité. Son passage comme Commissaire général de Dak’Art en 2008 restera également un moment fort de la valorisation de la création artistique africaine.
Les étudiants retiendront un pédagogue exigeant. Ses collègues salueront un chercheur rigoureux. Les artistes se souviendront d’un critique éclairé. Les militants garderont en mémoire un camarade fidèle. Le Pit pleure aujourd’hui l’un de ses intellectuels les plus brillants.
Dans un contexte où les convictions semblent parfois céder devant les intérêts immédiats, la vie de Maguèye Kassé rappelle qu’il est possible de demeurer constant. Constant dans ses idées. Constant dans son engagement. Constant dans son attachement au Peuple.
Sa disparition ouvre un vide immense dans le paysage intellectuel sénégalais. Les universités perdent un maître. La culture perd un défenseur. La Gauche sénégalaise perd l’une de ses voix les plus respectées.
Le Pit est en deuil. Mais ce deuil ne saurait être seulement celui d’un parti politique. C’est celui de tous ceux qui considèrent que les intellectuels ont le devoir de servir leur peuple, de tous ceux qui pensent que la culture est une arme de libération et que le savoir doit rester au service de la justice.
Le professeur Maguèye Kassé laisse derrière lui des générations d’étudiants formés, des travaux scientifiques qui continueront d’inspirer la recherche et un héritage militant qui continuera d’interpeller les consciences.
A sa famille, à ses proches, à ses anciens étudiants, à ses collègues de l’université Cheikh Anta Diop, aux militants du Parti de l’indépendance et du travail, ainsi qu’à toute la Gauche sénégalaise, nous adressons nos condoléances les plus émues.
Les grands militants ne disparaissent jamais tout à fait. Ils continuent de vivre dans les idées qu’ils ont défendues, dans les combats qu’ils ont menés et dans les générations qu’ils ont inspirées.
Adieu, professeur et camarade Maguèye Kassé.
Votre voix s’est tue, mais votre héritage continuera longtemps d’éclairer le Sénégal.
Amadou MBENGUE
dit Vieux
Secrétaire général de la Coordination départementale de Rufisque
Membre du Comité central et du Bureau politique du Pit/Sénégal

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