Pour comprendre les amphigouris de la politique politicienne au Sénégal ou pour enseigner au mieux la grammaire à des apprenants à l’école élémentaire, il faut s’appuyer sur deux piliers : la manipulation et la substitution.

Dans une phrase quelconque mais correcte, lorsque, par une subtile manipulation, vous arrivez à faire changer de place à un mot, ce dernier conserve sa nature mais perd sa fonction. Et lorsque, par une habile substitution, vous remplacez un mot par un autre (sans altérer au sens de la phrase), ce dit mot conserve sa fonction mais perd sa nature.

Ramenée aux heurts exécrables entre le parti joomayiste° KPR (né déjà grand mais poussant inéluctablement vers une mort subite) et Pastef sonkiste° (flacon perçu plein mais continuellement siphonné), notre leçon de grammaire devient une belle métaphore.

Tout cadre (mot dans la leçon) qui suit Sonko, perd sa fonction dans l’Etat mais conserve sa nature de patriote incorruptible (sic), tandis que celui qui reste avec Jomaay garde son strapontin juteux et mielleux mais devient par nature, un traitre pour l’éternité. Lii moo dàq suba la Tabaski ci dëkkub ndooyéen !

Si ce n’est l’arnaque politico-politicienne du siècle malgré son hilarité, ça y ressemble bigrement bien ; ndax nakk, quelle que soit la tournure des événements, Sonkooy Jomaay, Joomay mooy Sonko. Le peuple, en son temps, avait acheté de fort belle manière cette bizarrerie comme duo, et il (je parle ici des citoyens encore lucides et surtout non inféodés) aura certainement la maturité forcée de lui demander (à cette doublette) des comptes à la fin du mandat. Il les (Jomaay ak Sonko) jugera ensemble, jamais séparément ; ndaxam nakk, jarul daw bay daanu ; goneek njoloor moom, dees koy xaar rekk ca taatu ndaa la !

Pendant un peu plus de deux ans, le Président Jomaay (à qui, nous avons confié notre destin commun) a laissé son Pm dérouler à sa guise en centralisant dans ses services tous les secteurs vitaux du pays. Le résultat fut une catastrophe sans commune mesure : institutions affaiblies, démocratie écornée, justice alambiquée et plus gauche qu’un virage sur une autoroute glissante sous une forte averse, économie agonisante, investissement local comme étranger aussi famélique qu’une peau de banane exposée au soleil de midi, champions et autres opérateurs économiques injustement placés sous les verrous, travailleurs déflatés ou carrément licenciés, surimposition et taxes à tout vent, presse libre asphyxiée, vie chère, jeunesse désemparée, politiques sociales ensevelies, live et processions politico-politiciennes à tout bout de champ, etc.

Que penser alors de ce duo pendant la période où tout marchait bien entre eux au sommet de l’Etat ? Mon petit doigt me dicte une analogie des plus frappante : en arithmétique, un quart et deux quarts ont le même dénominateur, et l’un ne prend le dessus sur l’autre que lorsque l’on compare leurs quotients respectifs. Mburu fóf ko farin, nous disent nos amis halpulaar !

Limogé par le Président qui cherche à vite rectifier le tir, Sonko se refugia promptement et frauduleusement sur le perchoir de l’An par la magie de sa majorité mécanique. Et depuis, il cherche à saboter ou à saborder les actions du gouvernement qui, du reste, ne se laisse pas faire. Cette guéguerre quotidienne discrédite notre pays aux yeux du monde entier, et le peuple dont les préoccupations sont oubliées depuis belle lurette, n’y gagne que la haine entre citoyens et un désamour pour les institutions. On ne pense qu’aux futures élections, surtout celles de 2029 où nous devons nous choisir un nouveau décideur suprême. Quel manque de respect !

Doit-on accepter que l’on fasse de notre pays un «maître Aliboron» dont on se dispute déjà la corde au cou ? Aujourd’hui, la scène politique traverse une zone de turbulences qui fatigue le citoyen ordinaire. Le débat sur la modification de l’article 37 de la Constitution, les déballages malsains sur l’utilisation des fonds politiques se sont transformés en affrontements d’image. Le Président Jomaay d’un côté (l’Exécutif et le parti Kiiraay) et Sonko de l’autre (An et le reste du parti Pastef) campent sur des positions qui donnent l’impression (si ce n’est déjà le cas) d’un bras de fer permanent. Au lieu d’apaiser, chaque camp instrumentalise le sujet pour marquer son territoire. Le Peuple, lui, regarde avec dégoût ce minable spectacle avec un mélange de colère légitime et de lassitude criarde.

Ces fonds, prévus pour des dépenses de souveraineté, deviennent l’otage de querelle de leadership : on attendait des explications claires (sur ce qui a été déjà dépensé pour Sonko surtout), on reçoit des piques et des articles de loi et amendements contradictoires. La transparence, elle, s’éloigne de plus en plus du débat ; seuls restent les coups bas et les invectives. Les Sénégalais non encartés observent et constatent l’absence de pédagogie sur l’usage réel de l’argent public. Pendant deux ans et plus, les ménages les plus vulnérables sont privés de moins de quatre cents francs journaliers (bourse familiale) alors que le Pm avait, au jour le jour, un peu plus de douze millions de nos pauvres francs à sa seule discrétion. Allahu Akbar !

Nos politiciens oublient toujours que ceux qui pensent par eux-mêmes ne se retrouvent dans aucune posture partisane. Ils élèvent en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, le Sénégal au dessus des querelles de borne fontaine. Ils savent que le respect dû aux contribuables disparaît derrière les calculs d’influence, derrière les matchs de communication, alors que les priorités économiques et sociales sont en suspens. Accepter de se faire distraire, c’est faire payer le prix fort aux écoles, aux hôpitaux, à l’agriculture, à l’emploi, à l’élevage, à la pêche, aux infrastructures, au panier de la ménagère et même à la cohésion sociale.

Diantre, la Constitution ne devrait pas être un bouclier pour l’opacité, mais plutôt une boussole pour la reddition des comptes ! Un pays ne se construit pas sur la méfiance entre ses dirigeants et sur des coups donnés en dessous de la ceinture. Le peuple lucide réclame des lois applicables à tous sans exception ; il exige aussi une hauteur d’Etat qui dépasse les logiques de camp. Tant que l’argent des contribuables servira de munitions politiques, la confiance du Peuple continuera de se fissurer.

Attention au troisième prestidigitateur qui peut sortir du néant pour se saisir de «maître Aliboron», l’enfourcher et puis aller cultiver allègrement son propre champ.

Amadou FALL

Inspecteur de l’enseignement à la retraite à Guinguinéo

zemaria64@yahoo.fr