Le 27 décembre 2025, je publiais dans le journal Le Quotidien, une réflexion portant sur «l’utilité du levier disciplinaire dans le développement», mettant l’accent, dans mon raisonnement, sur l’importance du service militaire dans la promotion et l’instauration d’une discipline collective. Le 17 août 2026, 7 mois plus tard, l’université Gaston Berger de Saint-Louis, en collaboration avec le Comman-dement de la Zone militaire numéro 2, avait organisé la première édition du Camp citoyen universitaire, une première dans l’histoire universitaire sénégalaise. 14 jours de formation et d’initiation à la discipline militaire avec des encadreurs appartenant à différents corps des Forces de défense et de sécurité.

Pourtant, quelques jours avant le début de la formation, je m’apprêtai à aller en vacances. Soudain, en plein cours magistral, je recevais par mail la note annonçant officiellement la tenue de l’événement et le lien des dépôts des candidatures. Sans doute ne pouvais-je pas hésiter à soumettre ma candidature et à renoncer à mes vacances, après quoi je partageais la note à mes camarades de classe, mes amis d’autres départements, et mes bleus et bleuses… Le 17 septembre à 7h, je me présentais, comme tous les stagiaires, au Village M (village universitaire d’accueil du camp), avec mes amis Abdoulaye Niang et Aïcha Tine, munis de nos valises et de nos ventilateurs, attendant patiemment l’ouverture officielle du camp par les autorités universitaires et militaires.

Mais avant d’entrer dans les détails, je me dois de préciser que plusieurs étapes et événements qui se sont déroulés dans le camp ne seront pas évoqués dans ce récit, car il me faudra plusieurs mois et des milliers de pages pour exprimer dans son entièreté, l’extraordinaire expérience que j’ai vécue dans ce camp citoyen. Je me contenterai donc de partager avec vous que des valeurs et comportements acquis dans ce camp, pouvant par ailleurs servir à une armée de lecteurs, sans oublier ceux qui, par contrainte et étant Sanarois, n’avaient pas eu la possibilité de participer à cette belle expérience.

I – La ponctualité et le respect de l’heure

Pouvons-nous reprocher à un militaire d’être venu en retard ? Je ne le pense pas ! L’avenir de tout un pays en dépendrait. Au Camp citoyen, nous avions appris, aux côtés des Forces de défense et de sécurité, à respecter l’heure. Lorsque le clairon sonnait à 5h du matin pour le rassemblement, malheur aux retardataires. Quand on nous donnait 15 minutes pour rentrer dans nos chambres pour se laver, se changer et continuer les activités, gare à ceux qui n’ont pas pu finir à temps. Ces pressions et injonctions nous ont appris à exécuter nos tâches dans les limites du temps. Ce qui est une qualité indispensable à toute personne, que l’on soit militaire ou non-militaire.

«Extinction des feux à 22h 30 et vous vous permettez de faire des va-et-vient dans le camp comme si vous étiez en colonie de vacances. Maintenant que vous ne voulez pas dormir, vous allez rester ici jusqu’à 2h du matin et vous allez vous réveiller à 4h.» Cette phrase peut paraître étrange pour ceux qui n’ont pas participé au camp, mais les stagiaires n’oublieront pas cette nuit où le capitaine du camp avait prononcé ces mots. Alors que l’extinction des feux était fixée à 22h 30, certains stagiaires faisaient des va-et-vient dans la cour, les uns remplissant leurs bouteilles d’eau pour se baigner, les autres allant à la boutique pour faire des achats. Or, dans l’Armée, les ordres sont des ordres, le capitaine du camp ayant appelé au rassemblement, les stagiaires ont passé la nuit dans la cour jusqu’à 2h du matin : c’était la sanction. Ce fait ne se reproduisit plus et les jours suivants, à 22h 30, la cour était si silencieuse, si déserte, tel un cimetière.

II – La propreté

Une des choses qui m’ont le plus marqué dans cette formation, était la propreté du camp. Chaque matin, les couloirs étaient propres et les toilettes impeccables. Cette propreté, on la devait aux stagiaires qui, chaque matin, faisaient des corvées. Chaque jour, une équipe faisait le nettoiement matinal avant de rejoindre les rangs. On faisait aussi des «ramassage-secteur» qui consistaient à collecter de nos mains toutes les ordures jonchant le territoire du camp et ses alentours. Aussi avions-nous l’occasion de nettoyer, avec des matériaux et des gants, certains endroits peuplés de déchets en dehors du camp. Toutes ces pratiques, on le sait, étaient sans doute destinées à nous transmettre des comportements de propreté et des attitudes de salubrité publique, qualités indispensables pour un Sénégal propre, rayonnant et attractif.

III – Le respect de l’autorité et de la hiérarchie

Ceux qui ont fait le camp conviendront avec moi que l’Armée est bien structurée et très bien hiérarchisée. Chaque personne était placée sous le commandement de son supérieur hiérarchique. Aussi avais-je remarqué la rapidité avec laquelle s’exécutait un commandement. Chaque subordonné affichait une sorte de respect envers son supérieur. Ce comportement n’est rien d’autre que de la discipline. Imaginez cette attitude dans une entreprise, une administration, une association ou un gouvernement. Quel serait le taux de productivité ? Combien de temps serait gagné ? Au lieu de recourir parfois à la contradiction, à des discussions interminables aboutissant toujours au même résultat et pouvant faire perdre beaucoup de temps et ralentir l’efficacité de l’opération, mieux vaut s’exécuter. Cependant, je me dois de préciser que je ne suis ni contre la contradiction ni contre le refus d’exécuter ou de se conformer à certaines décisions. Souvent, elles doivent être interrogées, remises en cause lorsqu’elles sont illégales ou discutées dans une assemblée mise en place à cet effet.

IV – La fraternité et la solidarité

Le Camp citoyen ne m’a pas uniquement donné des valeurs citoyennes. En plus d’être une belle expérience, il m’a offert une famille : la Brigade numéro 5.

En effet, au premier jour, nous étions divisés en 5 brigades. Chaque brigade était composée d’une soixantaine de stagiaires et placée sous l’autorité d’un commandant de brigade avec son équipe composée d’encadreurs. Je pense encore à notre Commandant de brigade, l’Adjudant-chef Diaw, et à nos encadreurs, des leaders hors-norme, avec des qualités et des valeurs exceptionnelles qu’ils n’ont pas manqué de nous transmettre.

La Brigade numéro 5 était plus qu’une troupe de stagiaires. Avec le temps, on formait une véritable famille. Dans la difficulté, l’ennui et l’isolement social, on nouait des liens d’amitié et de fraternité. Chaque stagiaire avait obligatoirement un binôme avec qui il partageait sa chambre. Le mien : Christian Bangaly Koulemou, un ami, un frère, un leader dans l’âme. Président de l’Amicale des étudiants en sciences juridiques et politiques, on était des amis bien avant la formation. Le hasard nous a réunis dans la même chambre et le camp a consolidé notre fraternité.

Nul stagiaire n’avait le droit de venir au rassemblement sans son binôme, sous réserve que celui-ci soit malade ou indisponible en raison d’un motif précis et valable. Et si tel était le cas, la règle exigeait que l’on fasse des va-et-vient entre le restaurant et sa chambre pour apporter à son binôme-malade, tous ses repas de la journée. Aussi devait-on aider son binôme sur toutes les tâches qu’il était incapable de faire lui-même. Et demain, peu importe les personnalités que nous serons, cette fraternité subsistera.

Telles étaient les valeurs de solidarité et de fraternité que nos encadreurs nous apprenaient !

V – La pratique matinale du sport

Je pense encore au beau sourire du moniteur de sport. Chaque matin à 5 heures du matin, après le rassemblement et le décompte, on entamait le sport. Après une petite séance d’échauffement et d’étirement avec le moniteur, on parcourait les routes de l’université. Le soleil se levait avec nos chants et l’air pur du matin nous accompagnait. Les brigades rivalisaient lorsqu’elles se croisaient dans la chaussée, et ça créait une ambiance exceptionnelle. Quelle nostalgie en y pensant encore !

«Mens sana in corpore sano» (Un esprit saint dans un corps saint). Le footing matinal nous permettait d’être très tôt en forme, de nous libérer de toute paresse physique et intellectuelle, et d’entamer avec courage et rigueur les défis de la journée. Il nous unissait aussi. Car avec nos chants, on formait une seule voix ; avec notre agencement, on formait une seule unité. Point de de distinction entre nous : hommes, femmes, encadreurs, stagiaires étaient en tenue de sport. Après avoir fini de parcourir les routes de l’université, on retournait au camp avec ce sentiment d’avoir réveillé quelque chose. C’est ainsi que débutait la journée !

Au moment où j’écris ces lignes, plusieurs semaines se sont écoulées après la clôture du camp. Je ressens une forte nostalgie en me rappelant cette expérience. Je me rappelle encore le dernier jour de la formation, lorsque le Capitaine du camp prononçait le discours d’adieu sous les rayons ardents du soleil. Le lendemain, je rentrais chez moi avec beaucoup de nostalgie et avec l’idée que je ne vivrais plus jamais de ma vie une expérience similaire. Mais ce jour-là, je quittais le camp avec fierté. Je le quittais avec le sentiment d’être Citoyen modèle et d’être utile à mon pays. Je rentrais chez moi avec des valeurs qui non seulement me serviront à moi-même, mais serviront à ma famille, à mon quartier, à mon pays. Que ce camp ne soit pas classé dans les archives de l’histoire et qu’il soit organisé chaque année à Sanar et dans toutes les universités.

Citoyens modèles un jour, Citoyens modèles pour toujours !

Mamadou Moustapha MBENGUE

Citoyen modèle, étudiant en Master 2 Droit privé à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis