Le miroir tendu à la diaspora qui soutient la xénophobie au Sénégal.
Il y a une ironie mictionnelle et tragique à voir des Sénégalais de l’extérieur applaudir et relayer le discours ouvertement xénophobe de figures comme Tahirou Sarr.
Comment peut-on, tout en vivant sous le statut d’émigré, cautionner la stigmatisation de l’autre chez soi, en oubliant la manière dont nous sommes nous-mêmes perçus et traités à l’étranger ?
Avant de pointer du doigt les étrangers vivant au Sénégal, cette diaspora ferait bien de regarder son propre miroir en Occident, où certains comportements dépassent largement ce qu’on reproche aux migrants au pays :
Le marché noir et les réseaux illicites : dans le Nord de l’Italie, de Turin à Gênes, une partie de la communauté s’est tristement illustrée dans le trafic de drogue et la criminalité de rue.
La contrefaçon et le travail au noir : en Toscane et à Naples, la fabrication et le commerce de faux produits de luxe (sacs, chaussures) alimentent un marché informel géant.
L’évasion fiscale sur les plages : les vendeurs ambulants (vu cumprà) qui sillonnent le littoral italien vendent sans licence, ne payent aucune taxe et échappent totalement au système fiscal local.
Les conditions de vie et la précarité : pour économiser chaque euro à renvoyer au pays, beaucoup s’entassent dans des appartements insalubres à dix ou quinze, ou s’entassent dans des bâtiments abandonnés et des bidonvilles dans les campagnes du Sud pour ramasser des tomates dans des conditions dégradantes.
Pourquoi ce double discours est insoutenable ?
Si un politicien européen tenait sur les Sénégalais d’Italie le quart des propos que Tahibou Sarr tient sur les étrangers au Sénégal, la diaspora crierait au racisme et à l’islamophobie.
On ne peut pas exiger le respect, la dignité et l’intégration à Milan, Paris ou New York, tout en prônant le rejet, la haine et l’exclusion à Dakar. Soutenir la xénophobie chez soi quand on est soi-même le «vendeur de rue», le «sans-papier» ou le «travailleur clandestin» d’un autre pays, ce n’est pas seulement de l’amnésie : c’est une hypocrisie morale totale.
Ancien expatrié ayant résidé 20 ans en Italie et 15 ans en France
Mamadou Makhtar DIOP
