A l’ouverture du panel de haut niveau consacré à la réinsertion des mineurs et jeunes majeurs vulnérables, le ministre de la Justice, Maître Moussa Sarr, a appelé à une synergie entre l’Etat, le secteur privé et les partenaires techniques. L’objectif : doter les jeunes qualifiés de moyens financiers et matériels pour éviter le retour à la rue ou à la récidive.

Par Justin GOMIS – Chaque année, près de 17 000 mineurs -victimes, témoins, en danger ou en conflit avec la loi- sont confiés à la Direction générale de la protection judiciaire et sociale (Dgpjs). Si la prise en charge éducative et la formation professionnelle portent leurs fruits, l’accès au marché du travail demeure le maillon faible du dispositif. C’est pour combler ce fossé que s’est ouvert un panel de haut niveau axé sur l’opérationnalisation d’un cadre et d’un fonds dédiés à l’insertion socioprofessionnelle de ces jeunes.

Présidant la cérémonie en présence de la Directrice générale de la protection judiciaire et sociale, du représentant de la Giz, des acteurs du Système des Nations unies, de la Société civile et du secteur privé, le Garde des sceaux, Maître Moussa Sarr, a rappelé la philosophie qui doit guider l’action publique : «A l’enfant victime, nous devons réparation, écoute et reconstruction. A l’enfant en danger, nous devons de l’arracher à ce qui le menace. A l’enfant en conflit avec la loi, nous devons l’éducation et une seconde chance.»

Des succès scolaires freinés par le «mur» de la sortie de centre

Le ministre a rendu un hommage appuyé aux travailleurs sociaux, éducateurs, psychologues et personnels encadrants dont le travail de l’ombre génère des résultats probants. En 2025, plus de 412 pensionnaires des centres de protection ont décroché un diplôme professionnel (dont 311 attestations et 101 certificats d’aptitude professionnelle) dans des filières variées telles que la menuiserie, l’électricité, la restauration, la coiffure ou le froid et climatisation.

Toutefois, ce parcours remarquable se heurte à un obstacle majeur au moment de la sortie. «Nous leur avons appris un métier, et nous les laissons au seuil de l’atelier sans la clé», a déploré le ministre, soulignant le manque d’accès aux stages, au micro-crédit, aux contrats de qualification ou aux kits de démarrage. Sans autonomie économique, ces jeunes formés risquent de basculer à nouveau dans la précarité ou la délinquance.

Un fonds institutionnalisé et un appel à la responsabilité collective

Pour répondre à ce défi, l’Etat a instauré le Fonds de réinsertion des mineurs et jeunes majeurs en situation de vulnérabilité (décret n°2024-792 du 26 mars 2024). Ce mécanisme vise à financer directement les initiatives et projets d’autonomisation portés par les jeunes sortant du système de protection.

Cependant, le Garde des sceaux a martelé qu’un fonds financier ne saurait suffire sans un engagement global de la société : Les structures publiques sont invitées à intégrer prioritairement ces jeunes à travers des quotas et des bourses. Le secteur privé est appelé à ouvrir ses portes aux stages et premiers emplois, en percevant ces profils comme des opportunités et non comme des risques. Et les partenaires techniques et financiers doivent appuyer le déploiement de solutions d’accompagnement innovantes.

«La réinsertion n’est pas une faveur, c’est un droit», a conclu Maître Moussa Sarr, invitant les participants au panel à dépasser les cloisonnements institutionnels pour faire de la réinsertion socioprofessionnelle des jeunes vulnérables une réussite nationale durable.

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