Inondations mortelles, axes routiers coupés et paralysie générale du trafic : Dakar est à genoux après les pluies torrentielles qui ont frappé la capitale hier. Face aux dégâts colossaux et au désarroi des populations, l’urgence de la gestion des eaux et de l’assainissement se pose plus que jamais.

Par Justin GOMIS – Après la pluie, c’est le mauvais temps à Dakar. Les précipitations torrentielles qui se sont abattues hier sur la capitale ont causé d’importants dégâts matériels et des pertes en vie humaine, notamment à Grand-Yoff, Hann Bel-Air et aux Parcelles Assainies. Par endroits, les routes se sont transformées en lacs artificiels, tandis que le ruissellement a creusé d’impressionnants cratères, rendant le quotidien des Dakarois particulièrement éprouvant.

De nombreux citoyens n’ont pas pu se rendre sur leur lieu de travail. Rencontrée devant la mairie de la Patte d’Oie vers 10h 20, une femme désemparée confiait à une autre : «Je suis là depuis 8 heures, mais je peine encore à trouver un véhicule pour aller travailler.»

Le Bus rapid transit (Brt), qui dispose de son propre corridor, aurait pu constituer une alternative. Cependant, son trafic a été momentanément suspendu en raison de l’impraticabilité de la voie à Grand-Médine, en face de la station-service, où la chaussée s’est tranformée en un véritable fleuve. Du côté de la station du Brt où stationnaient habituellement les Ndiaga Ndiaye, la place était désespérément vide, privant les habitants des Parcelles Assainies et des environs de leur moyen de transport habituel. Transports en commun et véhicules particuliers ont éprouvé les pires difficultés à circuler. Les vrombissements de moteurs témoignaient de l’ampleur des embouteillages monstres formés à travers la ville. Pour relier la mairie de la Patte d’Oie à l’hôpital Nabil Choucair, il fallait s’armer de patience sur une chaussée disputée par deux longues files de voitures.

L’autoroute coupée et la Zone de captage submergée

Sur l’autoroute, la situation s’est révélée encore plus critique. A la hauteur de l’école Mariama Niass, les Forces de l’ordre ont dû contraindre certains automobilistes à rebrousser chemin. Dans les rues de la Zone de captage, des motocyclistes tentant d’emprunter des raccourcis ont été bloqués par la montée des eaux. Le bassin de rétention a fini par déborder, coupant l’autoroute menant au centre-ville et provoquant un engorgement généralisé. Un habitant d’un âge mûr a témoigné n’avoir «jamais vu une telle pluie en quarante ans de présence à Dakar».

Habitations assiégées et angoisse générale

Les Dakarois ne sont pas au bout de leur peine, la météo prévoyant de nouvelles précipitations. L’inquiétude est palpable. «S’il pleut encore ainsi, tout Dakar sera inondé», s’alarme un riverain, la peur lisible dans le regard.

A Grand-Yoff, aucune route n’est restée praticable : de la station-service de la Patte d’Oie à la Grande mosquée, les eaux ont dicté leur loi. Outre les voiries, plusieurs habitations ont été envahies. A Patte d’Oie Builders, hommes, femmes et enfants se passaient des seaux pour évacuer l’eau qui assiégeait leurs domiciles. La situation n’était guère plus reluisante dans de nombreux foyers de Grand-Médine.

Face à cette catastrophe, les avis divergent. Si certains y voient une manifestation divine, d’autres appellent à des solutions structurelles. C’est le cas de Moussa Ndiaye, qui estime que l’Etat doit faire de l’assainissement sa priorité absolue : «C’est le seul chantier urgent à Dakar : trouver les financements nécessaires et refaire l’ensemble des canalisations en les prolongeant jusqu’à 7 km en mer.»

Face à ce drame, la Ville de Dakar a publié un communiqué dans lequel le maire exprime sa compassion aux familles éplorées. Le mouvement Yewwi Askan Wi / Patriotes a abondé dans le même sens en adressant ses condoléances aux proches des victimes. De son côté, la formation politique au pouvoir a appelé à la solidarité nationale tout en souhaitant un prompt rétablissement aux blessés.

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