Notre pays, le Sénégal, est à la croisée des chemins. Un état de fait qui interpelle tout un chacun, car il y va de l’avenir de notre chère République.
Si je devais me fier aux propos du Président Bassirou Diomaye Faye à la journée consacrant la naissance de son parti, je n’allais pas poser ces 2 questions constituant le titre de cette contribution. Je l’ai réécouté au moment de boucler mon article et je trouve sa déclaration enrichissante à plusieurs égards. Ses propos sont clairs, captatifs et à la limite convaincants. Il reste à les mettre à l’épreuve de la pratique.
Avant de continuer cette réflexion, permettez-moi de m’incliner une fois de plus devant la mémoire du professeur Maguèye Kassé qui nous a quittés le mercredi 22 juillet 2026. Le professeur Kassé est parti au moment où toutes ses familles avaient le plus besoin de lui : sa famille biologique, sa famille universitaire, sa famille culturelle, celle syndicale, et bien entendu sa famille politique. Des témoignages provenant d’horizons divers à l’annonce de son décès ont tous magnifié sa grandeur d’esprit, sa grandeur d’âme, son humanisme, son engagement profond et multiforme. Le camarade Samba Sy, Secrétaire général du Pit/Sénegal, sur sa page Facebook, est revenu sur l’homme : «Homme entier et engagé, il était doté d’une sensibilité rare pour tous les arts : la peinture, la sculpture, le théâtre, le cinéma et surtout la musique, en particulier le jazz de Miles Davis. Mais comment évoquer sa mémoire sans mentionner son mentor et meilleur ami, Sembène Ousmane, dont il n’a cessé de défendre et de faire connaître l’œuvre avec une fidélité et une énergie sans pareilles ? Professeur d’allemand de classe exceptionnelle, syndicaliste engage, et ceci dès son plus jeune âge, militant du Pai, Maguèye manquera à son épouse Ndèye Amy Kassé, à ses enfants et à toute sa famille, comme à ses camarades du Pit Sénégal. Il manquera également à ses nombreux amis syndicalistes, à ses collègues universitaires et à tous ceux qui furent ses étudiants.» J’espère que notre pays se souviendra de cet homme de valeur qui vient de finir sa mission d’une manière exemplaire.
Revenant sur la contribution, je dirais tout d’abord que je suis doublement intéressé par la naissance de cette nouvelle formation politique. D’abord en tant que citoyen veillant à l’exercice républicain du pouvoir central. Ensuite en tant qu’acteur politique prenant acte de l’arrivée d’un nouvel adversaire sur le terrain. A cet égard, je veux m’appuyer sur les propos du président de la République parlant de la maison Kiiraay : «On y entrera pour servir et jamais pour se servir… Et nul n’y trouvera un abri contre ses fautes, car la Justice est et restera indépendante. Elle sera ouverte à toutes et à tous ceux qui portent la République au-dessus de nos personnes.» Partant de ces principes, on peut valablement s’interroger sur le rapport de dépendance entre le parti et les membres du gouvernement et l’Administration en général que veulent installer, bien avant même la naissance de Kiiraay, certains membres du gouvernement et des cadres proches du Président. En effet, lors de la dernière émission Jakaarloo bi, notre compatriote ambassadeur Babacar Sané Bâ, qui représentait la Coalition Diomaye Président, parlant de reprise en main, avait indiqué la nécessité pour le président de la République d’avoir un parti politique pour pouvoir se connecter en permanence avec les masses à partir d’un ancrage dans les territoires. Il estime que le président de la République -qui nomme aux fonctions administratives et militaires- ne peut s’asseoir à la table du Conseil des ministres avec des ministres ayant d’autres appartenances. Pour lui, tous les ministres doivent être alignés car, dit-il : «Tu ne peux pas être opposant et être à la table du conseil des ministres.» Pour les directeurs généraux, il considère «qu’il faut trouver des profils hybrides, c’est-à-dire des Sénégalais talentueux, en mesure de délivrer des résultats du lundi au vendredi et durant le week-end, aller au niveau de leurs terroirs pour faire de la politique, car en 2029, les gens ne regarderont que les résultats.» De continuer en disant : «Le président de la République a besoin d’une force politique qui l’accompagne au niveau des populations en termes de communication sur le terrain.»
Pour le compatriote Alassane Samb, Coordonnateur national du mouvement Ideal – Li Gen. «On doit pouvoir nommer quelqu’un pour ses compétences sans qu’il soit politiquement engagé. Comme tu peux aussi être nommé, faire ton travail correctement sans appartenir au parti du Président.» Il poursuivra en disant que «le ministre ou le Directeur général est profilé, avec des objectifs assignés et un budget pour réaliser quelque chose d’impactant au niveau des populations.» Il est curieux que M. Babacar Sané Bâ soit d’accord sur ce qu’a dit Alassane Samb au point d’ajouter qu’à l’époque du Président Macky Sall, il fut nommé ambassadeur sans appartenir à l’Apr, comme pour se contredire. En fait, on peut avoir une autre appartenance politique (à part Pastef) et être à la table du Conseil des ministres. C’est vrai que l’expérience de Benno bokk yaakaar est inédite car le Président Macky Sall, après avoir gagné la Présidentielle en 2012 sous la bannière de cette coalition, avait gouverné avec ses alliés jusqu’à 2024, si on met de côté l’intermède qui a suivi le dernier Dialogue national qui devait se prononcer sur la loi d’amnistie : le ministre Samba Sy et le ministre El Hadji Momar Sambe seront écartés du dernier et éphémère gouvernement pour avoir pris position contre l’amnistie ; une maladresse que j’avais fustigée à l’époque car venant déteindre sur 12 ans d’alliance. En tous les cas, la vie a fini par leur donner raison quand on considère tout ce qui s’est passé après…
Pour revenir au sujet, je signale que le ministre Yankhoba Diémé, au micro de Seneweb, admet (sous d’autres termes) que leur parti Kiiraay est plus attrayant car étant un parti au pouvoir, et il ajoute plus loin qu’ils ont les Renseignements généraux et pourront détecter les opportunistes qui tenteront de s’infiltrer dans leurs rangs. On n’est pas loin de l’Etat-parti si Kiiraay (une association privée) peut activer les Renseignements généraux (de la République) à des fins d’espionnage politique. Je rappelle également l’entêtement des ministres Abdourahmane Diouf et Serigne Guèye Diop, et certains directeurs à vouloir obliger d’autres collègues ministres et des directeurs à se prononcer, en indiquant leur camp. A mon sens, pour ces derniers, il n’y a qu’un seul camp, celui de la République, et c’est la raison pour laquelle ils continuent de travailler sans dire mot, étant entendu qu’ils continuent de bénéficier de la confiance de Diomaye.
Le président de la République, lors de son discours à l’assemblée constitutive de son parti, a insisté sur la prééminence de la République sur tout le reste. Si un tel axiome est mis en évidence par le chef de l’Etat, il est clair qu’on peut servir la République sans servir le parti présidentiel parce qu’appartenant à un autre parti ou mouvement, ou étant sans parti politique ni mouvement. Pour le président de la République, les institutions ne demandent pas aux gens la carte de leur parti avant de les servir. A partir de cette même logique, on ne doit pas exiger la carte de Kiiraay en nommant des Sénégalais à des postes de responsabilité. Je me rappelle de l’époque du Président Macky Sall, on disait (à tort ou à raison) qu’il fallait gagner sa base politique pour conserver son portefeuille ministériel ou sa direction. D’aucuns avaient considéré que c’était injuste et avaient critiqué cette manière d’obliger les ministres et directeurs Apr (car cela ne pouvait pas concerner les autres ministres issus de formations alliées) à faire de la politique. Si on ramène cette situation à aujourd’hui, cela devrait signifier qu’au-delà de son parti politique, le président de la République, s’il souhaite continuer à cheminer avec les autres ministres qui sont dans d’autres partis ou mouvements, devrait aller en coalition avec ces derniers qui ont préféré ne pas se dissoudre dans Kiiraay tout en voulant continuer à appuyer la vision du président de la République et à l’accompagner pour la réussite des politiques publiques.
Pour les ministres qui n’ont jamais fait de la politique et qui ne sont pas à leur première participation dans un gouvernement, le problème ne peut pas se poser. Du reste, il n’y en a pas. Il reste la dernière catégorie : celles et ceux qui n’ont jamais fait de la politique, qui en sont à leur première expérience gouvernementale et qui n’ont pas envie de s’engager en politique. Leur loyauté se mesurera par leur dévouement dans le travail pour atteindre les objectifs que le président de la République leur a assignés. Quant aux directions de sociétés et d’agences, la nécessité d’un appel à candidatures pour avoir les meilleurs profils montre bien qu’il ne s’agit pas de compter sur des cadres politiques pour atteindre les objectifs souhaités. Pour conclure, je dirais que : ne gouverner qu’avec ses partisans signifie mettre le parti avant la Patrie, tandis que permettre à celles et ceux qui ont des compétences dont la République a besoin à la servir signifie : «La Patrie d’abord !» Comment, à partir de ce moment, concilier la nécessité d’obtenir des résultats probants dans la gouvernance avec l’exigence d’une organisation politique devant servir de moteur de cohésion nationale et de véhicule de communication et d’adhésion politique ? La réponse est à chercher dans l’art de gouverner.
Idrissa SYLLA
New York
Membre du Cc du Pit-Sénégal
idrissasylla902@gmail.com
