Entendre les partisans de l’Engeance débiter des inepties du genre «Diomaye est en train de renoncer aux intérêts du Sénégal dans la renégociation du contrat d’Indorama dans le capital des Ics» n’est pas en soi un problème, le scandale, c’est de voir des lettrés qui sont censés faire preuve de capacité critique et de discernement liker et partager une désinformation pareille. Comment peut-on à la fois prétendre que le contrat des Indiens avec l’Etat du Sénégal sur l’actionnariat des Ics est arrivé à terme et que Ousmane Sonko a chassé ces Indiens qui continuaient à exploiter ? Qui a vu une entreprise s’arrêter de fonctionner pendant que le gouvernement renégocie le contrat d’actionnariat ?
Voilà le drame des réseaux sociaux, ils n’avancent aucun chiffre ni aucune référence légale, leur seule boussole est la parole d’un Sonko réputé être un affabulateur comme jamais ce pays n’en a connu. Il faut dire à cette engeance que ce que Sonko préconise, c’est une nationalisation, or une telle option pose un ou deux problèmes. Le premier est qu’un tel coup de force envoie un mauvais message aux potentiels investisseurs, car il faut se rappeler l’état de déliquescence financière dans lequel se trouvait cette société en 2005, avec des pertes cumulées de 150 milliards ; une dette de 271 milliards et un risque de faillite totale. Ensuite, la nationalisation ne garantit aucun succès : on sait comment les entreprises nationales ont fait faillite au Sénégal et partout ailleurs.
L’Etat sénégalais a, de toute façon, d’autres priorités que de s’engager dans la gestion d’une entreprise qui demande des investissements colossaux. Aucun Etat sérieux et responsable ne va prendre le risque de mettre en péril des milliers d’emplois et l’impact direct sur l’écosystème économique de cette entreprise en se hasardant sur la voie d’une nationalisation dont on n’a guère les moyens. Une archéologie des Ics est peut-être nécessaire pour comprendre ce qui se passe et pourquoi les proclamations du chef de l’Engeance sont irresponsables et irréfléchies.
Il faut rappeler qu’à l’origine (à la naissance de l’entreprise entre 1974 et 1976, la partie sénégalaise détenait 33, 8% des actions ainsi réparties : 23, 34 pour le gouvernement ; la partie africaine (Cameroun, Côte d’Ivoire, Nigeria) 28, 3% des actions soit 9, 43% pour chaque pays ; 18, 85% pour le consortium indien ; 9, 45% pour la Banque islamique de développement et enfin 9, 69% pour le groupe Emc. Sait-on comment les Ics ont été sauvées d’une faillite et comment l’actionnariat de l’entreprise a évolué (c’est d’ailleurs conforme à la logique des choses) ? Aucun actionnariat n’est destiné à être stable, il est souple et dynamique. Rompre brutalement avec ces actionnaires alors qu’on n’a pas les moyens de tout supporter relève de l’enfantillage.
Le gouvernement de Al Amine Lô n’a jamais dit qu’il maintient les choses en l’état. C’est une approche plus réaliste qui est plutôt proposée. C’est souvent l’ignorance qui pousse les gens à la témérité. Encore une fois, l’actionnariat des Ics n’a cessé d’évoluer et c’est cette opportunité que le gouvernement (dont je ne suis pas un admirateur) veut saisir. Il faut dire à cette engeance que le groupe Indorama détient 78% des actions et l’Etat du Sénégal 15%. Puis, Iffco 6, 78% et le gouvernement indien 0, 22% des actions. C’est précisément ce levier que gouvernement prétend appuyer pour accroître sa part dans la compagnie. Car, en effet, il y a la dette de 250 milliards de taxes non payées que l’entreprise doit à l’Etat et que le gouvernement peut rentabiliser pour accroître sa part dans l’actionnariat. C’est une stratégie moins loquace que les déclarations pompeuses de Sonko. En d’autres termes, il s’agit d’une renégociation qui devrait permettre à l’Etat de passer de 15 à 30% de participation. On ne va pas s’aventurer dans une nationalisation qui hypothéquerait la viabilité de l’entreprise et mènerait à la précarisation de 5000 emplois. Il faut arrêter ce cirque populiste avant que ça ne vire au drame, si ce n’est pas trop tard.
Alassane K KITANE
