Bismillāhi ar-Raḥmāni ar-Raḥīm
Louange à Allah, Seigneur des mondes. Que la paix et les bénédictions soient sur notre Prophète Muhammad (saw), sur sa famille, ses compagnons et tous ceux qui suivent sa voie jusqu’au Jour de la Résurrection.
Aujourd’hui plus que jamais, il appartient aux musulmans sunnites du Sénégal de prendre pleinement conscience du danger que représente le courant coraniste et d’unir leurs efforts pour y faire face, plutôt que de laisser les divergences secondaires les opposer entre eux. En dépit de leurs différences doctrinales ou méthodologiques, les différentes confréries (ṭuruq) professent la foi en Allah, reconnaissent la mission du Prophète Muhammad (saws) et considèrent la Sunnah comme une source fondamentale de la législation islamique. A l’inverse, le coranisme rejette l’autorité normative de la Sunnah, remettant ainsi en cause un fondement essentiel de l’islam tel qu’il est compris par l’ensemble des savants de Ahl as-Sunnah wa al-Jamāʿah.
Il est vrai que notre pays compte des érudits, des enseignants et des autorités religieuses infiniment plus compétents que nous pour traiter cette question. Néanmoins, face à la propagation croissante de cette idéologie, notamment par le biais des réseaux sociaux, le silence ne constitue pas une option. Chaque musulman, selon ses connaissances et dans le respect des règles de la science et de l’éthique, se doit de contribuer à la préservation de la foi et à la clarification de la vérité.
Le présent travail n’a nullement la prétention d’épuiser un sujet aussi vaste et aussi complexe. Il se veut une contribution modeste visant à exposer les principaux fondements du coranisme, à en examiner les arguments et à présenter la réponse qu’y apportent les savants de l’islam sunnite. Il s’intéresse également à la diffusion de ce courant au Sénégal, notamment à travers les interventions de M. Cheikh Mbacké Sakho sur les réseaux sociaux, en particulier sur WhatsApp.
Qu’est-ce que le coranisme ?
A cet égard, une étude réalisée par les professeurs Usman Shaharudin et Wan Muhammad, chercheurs à la Faculté des études de la civilisation islamique du Collège islamique universitaire de Malaisie, intitulée «Quraniyyun: Implications sur l’état d’esprit de la communauté islamique», définit le coranisme et met en lumière les conséquences religieuses et intellectuelles de cette doctrine. Les auteurs écrivent :
«Les Qur’aniyyun, ou plus connus sous le nom de Congrégation Coranique, sont un mouvement anti-hadith moderne. Ce groupe affirme que le Coran est suffisamment clair et qu’il suffit amplement comme guide dans la vie, et rejette le hadith comme source de théologie légale. Ils nient également l’affiliation générale du Prophète Muhammad (paix soit sur lui) en tant que pilier de l’Islam, et lui attribuent seulement le rôle d’apôtre qui a simplement transmis les versets coraniques aux hommes. Certains pourraient penser que cette question anti-hadith est anodine et n’a pas de conséquences négatives dans la vie quotidienne. Cependant, l’existence de ce groupe est considérée comme très dangereuse car elle peut saper la foi, détruire les pratiques de culte et même corrompre la morale et les valeurs.»
Voilà la doctrine débilitante qui a été diffusée par les Qur’aniyyun auprès des masses islamiques. En utilisant la méthode d’analyse de contenu, cet article constate que les Qur’aniyyun doutent et remettent en question le statut du hadith en raison de son point de vue narratif et affirment qu’il comporte de nombreuses irrégularités. L’idéologie séculière apportée par ce groupe a réussi à semer les graines du doute sur la narration du hadith et a donc le potentiel de tromper la société en général.
Origine du Coranisme
Pour combattre un mal, il faut connaître son origine. Mais avant tout, nous tenons ici à préciser que contrairement à la Sunnah et à la science islamique, le coranisme n’est enseigné dans aucune université et institut islamique du monde. Le coranisme est un simple courant de pensée.
Le mouvement Qur’aniyyun ou mieux connu sous le nom de Congrégation Coranique est établi depuis longtemps en Malaisie. Le mouvement en Malaisie a été initié par Kassim Ahmad (1933-2017), qui était un disciple de Rashad Khalifa (1935-1990). Ils choisissent de se laisser guider uniquement par le Coran et rejettent les hadiths du Prophète Muhammad (paix soit sur lui). Les Qur’aniyyun considèrent les hadiths comme un enregistrement historique qui pourrait et devrait être étudié par des chercheurs pour comprendre et évaluer les époques et les temps. Cependant, ils considèrent que les hadiths sont une déviation par rapport aux enseignements du Prophète Muhammad (paix soit sur lui) et ne peuvent pas être acceptés comme source de la loi islamique.
Le Dr Abu Ameena Bilal Philips, Recteur de l’Université Islamique en ligne au Qatar, a longtemps fustigé les œuvres maléfiques Rashid Khalifa, fondateur de ce mouvement et de sa preuve des 19. Lire son article : «The Claim of the Numerical Miracle of the Quran» ou (La prétention du miracle numérique du Coran).
Rashad Khalifa, un biochimiste égyptien formé aux Etats-Unis, a affirmé avoir découvert une structure mathématique complexe fondée sur le nombre 19 et ses multiples dans l’ensemble du Coran, et plus particulièrement au niveau de ce qu’il appelle les «initiales coraniques» (Alif, Lam, Mim, etc.) précédant 29 sourates. Toutefois, lorsque des critiques ont commencé à vérifier ses calculs, ils ont relevé de nombreuses incohérences ainsi que certaines fabrications pures et simples dans ses données. Première tromperie du fondateur.
Après avoir ainsi clairement exprimé son incrédulité, il a fini par affirmer connaître la date exacte du Jugement dernier et a fini par revendiquer le statut de prophète. Deuxième et troisième tromperies du fondateur du coranisme.
Il a rassemblé un groupe de disciples à Tucson, en Arizona, mais sa carrière a été interrompue lorsqu’il a été poignardé à mort par un inconnu en 1990.
Rashad Khalifa était la personne responsable d’élargir les arguments avancés par Muhammad Tawfiq Sidqi (1889-1929), qui a établi la théorie anti-Hadith. Muhammad Tawfiq Sidqi, originaire d’Egypte, a été la personne qui a commencé à diffuser l’idéologie des Qur’aniyyun. Cela est évident quand il a écrit «Islam is Only the Al-Qur’an» dans le magazine Al-Manar, dirigé par Sayyid Rashid Rida. Dans l’article, il ne se réfère qu’au Coran et estime que la Sunna n’a pas besoin d’être consultée comme source de la loi islamique.
Les dangers du coranisme
L’un des premiers dangers attribués au coranisme est son pouvoir de persuasion auprès de personnes qui ne possèdent pas une formation solide en sciences islamiques. En mettant en avant le slogan «le Coran seul», ce courant peut paraître simple, accessible et conforme à l’idée d’un retour aux sources. Toutefois, la compréhension du Coran a toujours reposé, dans la tradition islamique, sur l’explication du Prophète) saws), le contexte de révélation (asbâb al-nuzûl), la langue arabe, ainsi que les explications des compagnons et des générations suivantes.
Le deuxième danger réside dans la diffusion extrêmement rapide de ces idées sur les réseaux sociaux, notamment WhatsApp, Facebook, YouTube et TikTok. De courtes vidéos ou des messages succincts peuvent présenter des arguments qui semblent convaincants au premier abord, sans exposer les réponses développées par les spécialistes des sciences islamiques. De nombreuses personnes partagent ces contenus sans procéder à leur vérification, ce qui favorise leur propagation.
Un autre risque est que le discours coraniste sème le doute chez des musulmans qui ne disposent pas des outils nécessaires pour analyser les textes religieux. En remettant systématiquement en cause l’authenticité des hadiths ou l’autorité de la Sunnah, certains prédicateurs amènent leurs auditeurs à douter de pratiques religieuses unanimement transmises depuis les premiers siècles de l’islam, telles que les modalités de la prière, de la zakât ou du pèlerinage.
La position de la majorité des savants s’appuie notamment sur plusieurs versets du Coran qui ordonnent d’obéir au Messager :
«Ô vous qui avez cru ! Obéissez à Allah et obéissez au Messager…»
(Coran 4:59)
«Quiconque obéit au Messager obéit certes à Allah.»
(Coran 4:80)
«Prenez ce que le Messager vous donne, et abstenez-vous de ce qu’il vous interdit.»
(Coran 59:7)
«En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle à suivre.»
(Coran 33:21)
Le Coran indique également que le Prophète a pour mission d’expliquer la Révélation :
«Et Nous avons fait descendre vers toi le Rappel afin que tu exposes clairement aux gens ce qui a été révélé pour eux.»
(Coran 16:44)
Les savants classiques ont vu dans ce verset une preuve que l’explication prophétique est indispensable à la compréhension complète du Coran.
Plusieurs hadiths également invoqués par les juristes soulignent cette complémentarité. Parmi eux :
«J’ai certes reçu le Coran et quelque chose de semblable avec lui.» (Rapporté par Abû Dâwûd, n°4604 ; jugé authentique par plusieurs spécialistes du hadith.)
Enfin, le consensus (ijmâʿ) de la communauté savante depuis les premières générations de l’islam constitue un argument majeur contre le coranisme. Les quatre écoles juridiques sunnites, ainsi que les grands spécialistes du hadith, de l’exégèse et des fondements du droit musulman, ont unanimement reconnu l’autorité de la Sunnah comme source de législation après le Coran.
Dans livre intitulé : Nyazee Jurisprudence, le professeur de droit islamique écrit : «Approcher le Coran et la Sunnah ensemble : le premier point à noter est qu’il n’est pas possible pour le juriste de comprendre le sens du texte du Coran pour en déduire les ahkâm, à moins qu’il ne fasse appel à l’explication et au commentaire du Coran. Cette explication et ce commentaire sont la Sunnah elle-même. Ainsi, un juriste ne peut pas prendre de décision sur la base d’un texte général ou absolu du Coran, à moins qu’il n’ait constaté que la Sunnah n’a pas restreint le sens général ou n’a pas nuancé le texte absolu.»
In sha Allah nous reviendrons sur le contenu du courant coraniste.
En conclusion, selon la compréhension majoritaire de l’islam sunnite, le principal danger du coranisme réside dans son rejet de la Sunnah, qui conduit à une lecture du Coran détachée de l’explication prophétique et de quatorze siècles de tradition savante. Pour cette raison, les musulmans sont encouragés à acquérir leurs connaissances religieuses auprès de savants qualifiés, en s’appuyant à la fois sur le Coran, la Sunnah authentique et la méthodologie des premières générations de l’islam.
M. Amadou Y. NDIAYE
Diplôme Universitaire en Sciences Islamiques