Alors que le Conseil d’administration de la Senelec s’apprête à examiner un nouveau projet de contrat de 10 ans avec la société Akilee pour la fourniture de compteurs intelligents, la Convergence syndicale des travailleurs de la Senelec (Csts) monte au créneau. Invoquant des antécédents judiciaires lourds, l’existence de compétences internes et le risque de brader la souveraineté technologique, les syndicalistes exigent le gel immédiat des négociations.
La tension est de nouveau à son comble au sein de la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec). Dans une correspondance officielle datée du 6 octobre 2026 et adressée à Habib Sy, président du Conseil d’administration, la Convergence syndicale des travailleurs de la Senelec (Csts) tire la sonnette d’alarme face au projet d’accord décennal devant lier la compagnie nationale à l’entreprise Akilee. Ce contrat porte sur le déploiement national d’une infrastructure de comptage avancé (Ami) et la fourniture exclusive de compteurs intelligents.
Pour les représentants des travailleurs, ce projet ravive les démons du passé. En 2019, un contrat similaire de 187 milliards de F Cfa avait provoqué une levée de boucliers. Saisis à l’époque, les corps de contrôle publics avaient rendu des conclusions édifiantes. L’Armp avait qualifié la convention de «déséquilibrée au détriment de la Senelec», tandis que l’Ofnac, dans son rapport d’enquête n°02/2023, pointait huit infractions pénales majeures, allant du détournement de deniers publics à la fraude fiscale et au non-respect du Code des marchés publics. Alors que le dossier s’achemine vers le Pool judiciaire financier, la Csts s’indigne de voir la direction s’engager à nouveau dans «des conditions de nébulosité».
Outre le passif juridique, les syndicats dénoncent un non-sens économique et industriel. La Senelec détient en effet 49% des parts d’Amco, une usine basée à Dakar en partenariat avec Hexing, capable de fabriquer ces équipements et de co-développer des solutions technologiques. «Pourquoi accorder une exclusivité d’approvisionnement alors que la Senelec détient 49% d’une usine locale ?», s’interroge l’organisation.
De plus, un atelier technique organisé par la Csts en septembre 2026 a démontré que les équipes internes de la Senelec disposent de l’expertise nécessaire pour concevoir et déployer leur propre système Ami en seulement six mois. Ignorer ce capital humain au profit d’une externalisation de dix ans constituerait, selon eux, un risque majeur pour l’emploi, la maîtrise des données clients et la souveraineté technologique de l’Etat.
Appel à suspendre la signature
Tout en réaffirmant son adhésion à la modernisation et à la digitalisation du réseau, la Csts demande solennellement d’interrompre le processus. Les syndicalistes sollicitent une audience en urgence avec le Conseil d’administration avant toute décision irréversible. Le coordonnateur du mouvement, Mouhamed Habib Haïdara, prévient : «l’histoire retiendra que par la signature de ce contrat, une autorité publique aura sciemment exposé la Senelec à des risques majeurs», prévenant que les responsabilités juridiques et politiques seront pleinement engagées. Copie du courrier a été transmise au chef de l’Etat, au Premier ministre et au ministre de l’Energie.
