Face au mutisme de l’Etat concernant le paiement de la Prime sur le résultat bénéficiaire annuel (Prab), le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (Sutelec) hausse le ton. Réuni en Conseil national ce samedi au Cap des Biches, le syndicat menace d’emboîter le pas au front syndical et d’observer une grève du 21 au 23 octobre. Entre créances étatiques estimées à près de 600 milliards de francs Cfa, rejet ferme du projet de filialisation et opposition au retour d’Akilee, le Secrétaire général Mohamed Habib Aïdara dresse un réquisitoire sans concession contre la gestion du secteur énergétique.
Par Alioune Badara NDIAYE – Face au mutisme affiché par l’Etat sur le paiement de la Prime sur le résultat bénéficiaire annuel (Prab) devant revenir aux travailleurs de la Senelec, le Syndicat unique des travailleurs de l’électricité (Sutelec) fait un pas de plus vers la fermeté. Lors du Conseil national de l’organisation organisé samedi au Cap des Biches, le Secrétaire général a brandi la grève comme solution ultime face à cette situation. «Nous avons entamé un plan d’actions, mais avec les délestages, nous avons dit de manière responsable que nous allons surseoir à notre plan d’actions (…) Maintenant on a une ouverture, une brèche qui s’offre à nous, à l’occasion de la grève du Front syndical des travailleurs. Si l’Etat ne nous paie pas notre Prab, les 21, 22 et 23 octobre, on va aller en grève comme tout le monde», a indiqué Mohamed Habib Aidara à l’issue de la rencontre. A travers la Prab, 10% du bénéfice réalisé sur l’année reviennent de droit aux travailleurs. «On a suffisamment parlé, mais l’Etat traîne encore les pieds», a-t-il expliqué, espérant une réaction de l’Etat pour ne pas avoir à recourir à la grève.
Au-delà de la Prab, M. Aïdara a pointé les nombreux manquements d’ordre financier qui plombent la Senelec et impactent gravement les résultats. «La trésorerie de la Senelec est très tendue du fait de l’endettement de l’Etat du point de vue de ses factures d’électricité, mais en même temps de la compensation tarifaire qu’elle tarde à verser, parce que l’Etat du Sénégal aujourd’hui doit à la Senelec, entre la compensation tarifaire et les factures des bâtiments administratifs, presque 600 milliards, et ça c’est intenable», a-t-il souligné. C’est, selon lui, 283 milliards de francs les factures, et plus de 300 milliards pour la compensation tarifaire. Le Sutelec a aussi profité de l’occasion pour réaffirmer son opposition à la filialisation de la Senelec annoncée par le ministre de l’Energie et devant être opérationnelle en décembre 2027.
Une option «hasardeuse» qui ne peut pas se faire sans l’implication des travailleurs, a posé le Sg du Sutelec, demandant au président de la République d’y aller avec lucidité sur la question. «On a réduit la compensation tarifaire de 46 milliards, on a réduit nos charges de 5% et on a fait un bénéfice à l’Etat de 36 milliards. Donc il n’y a pas de quoi aller vers une filialisation. Une entreprise qui marche, il faut continuer à l’accompagner», a-t-il insisté.
Le Conseil syndical a aussi fermement rejeté le retour d’Akilee à la Senelec. «Nous avons dit non, et on dira toujours non. On n’accepte pas le retour d’Akilee à Senelec», a-t-il dit, rappelant un rendement passé de 81.9 à 83.1 pour la Senelec l’année dernière. Un accompagnement plus soutenu plutôt qu’une déstabilisation, a-t-il exhorté. Il a vivement appelé à la matérialisation du «gas to power» dont l’impact va être considérable. «L’Etat du Sénégal n’arrive pas encore à fournir le gaz à la Senelec, et c’est ce gaz-là qui va nous permettre non seulement d’être à l’aise dans la production, mais aussi de diminuer le prix de l’électricité qui est une demande sociale très forte», a posé M. Aïdara.
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